Johannesburg – Lorsqu’il foulera la pelouse du Stade Aztèque de Mexico, dans deux jours en match d’ouverture du Mondial 2026 contre le Mexique, le gardien et capitaine des Bafana, Ronwen Williams, aura dans les gants le feu d’un brassard, sur les épaules l’espoir de tout un peuple et, dans le cœur, la promesse tenue à son frère Marvin, disparu à la fleur de l’âge.
« Tout ce que je fais sur le terrain, c’est pour honorer la mémoire de mon frère. Quand je regarde le ciel avant un match, je sais qu’il veille sur moi », a déclaré Ronwen, affectueusement surnommé Ronza.
« Parfois, je lui demande de prendre le contrôle et de me montrer le bon côté. Il est comme mon ange gardien », poursuit-il, comme pour faire perpétuer la mémoire de ce frère, son modèle et son premier supporter, parti trop tôt dans un tragique accident de voiture.
Ce traumatisme familial devient pour lui le moteur d’une promesse silencieuse : réussir pour deux. Et à ce titre, il n’a jamais cessé de redoubler d’efforts depuis que son destin s’est dessiné, loin du bitume, sur la ligne blanche d’un but de football.
Né en 1992 à Gelvandale, un township de Gqeberha (anciennement Port Elizabeth) marqué par la pauvreté et les tensions, Ronwen tient de ses parents la même passion : « Ma mère a joué au football jusqu’à son sixième mois de grossesse quand elle m’attendait ! », dira-t-il avec humour.
Son père avait prédit, en voyant son bébé donner de grands coups dans le ventre de sa mère, que Ronwen deviendrait un jour un grand footballeur. Toute la famille, y compris son frère, sa sœur et son oncle, baignait dans ce sport.
À 12 ans, Ronwen est admis au centre de formation de Pretoria où, formé à la dure école de la rigueur, il allait faire toutes ses classes avec les équipes de jeunes de SuperSport United.
Ses bras longs et agiles qui semblent se multiplier lorsqu’il s’élance sur sa ligne, son jeu au pied et son calme précoce sautent aux yeux des éducateurs. En 2011, il fait ses débuts professionnels et passera plus de dix ans au sein du club de Pretoria, devenant une légende locale, un capitaine respecté et le joueur le plus capé de l’histoire du club.
En 2022, en quête de nouveaux défis, il s’engage avec Mamelodi Sundowns. C’est le tournant de sa carrière. Sous la houlette de coachs exigeants, son jeu au pied devient une arme fatale de relance.
Le point d’orgue de sa carrière s’écrit à la CAN 2024 en Côte d’Ivoire. Capitaine exemplaire, il guide son équipe jusqu’à la médaille de bronze. Mais c’est en quart de finale contre le Cap-Vert qu’il entre dans la légende mondiale en arrêtant 4 penaltys lors de la séance de tirs au but – un exploit unique dans l’histoire de la compétition.
« Il nous a sauvés plusieurs fois durant le match, et ce qu’il a fait lors de la séance des tirs au but est tout simplement exceptionnel », témoigne le coach des Bafana Hugo Broos.
La même année, il est nominé pour le prestigieux Trophée Yachine lors de la cérémonie du Ballon d’Or à Paris, devenant le premier gardien évoluant sur le continent africain à recevoir une telle distinction.
Complice de longue date en club comme en sélection, le milieu de terrain Teboho Mokoena a assuré que « voir Ronwen reconnu à ce niveau mondial est une immense source de motivation pour nous tous. Cela nous prouve que même en jouant sur le continent africain, on peut toucher les étoiles ».
De cette carrière perlée de distinctions collectives et individuelles, Ronwen s’est tout naturellement imposé comme le capitaine des Bafana, un destin à la hauteur de son talent.
L’homme n’a pourtant pas le gabarit de colosse de certains gardiens européens, un « défaut » qu’il compense par une silhouette athlétique, longiligne et d’une rare élasticité. Du haut de son 1,84 m pour 83 kg, il impose le respect sans avoir besoin de forcer sa nature.
Son visage, souvent fermé par une concentration extrême, est cerné d’une barbe finement taillée et des moustaches très courtes, laissant entrevoir des yeux noirs et perçants, capables d’hypnotiser un tireur de penalty jusqu’à lui faire perdre ses moyens.
Face aux attaquants les plus redoutables, l’homme affiche une sérénité presque déroutante, un stoïcisme de moine shaolin, tant et si bien que sa lourde défaite contre le Brésil, en mars 2014, ne l’a pas « ébranlé ».
« Perdre 5-0, c’est beaucoup, mais nous affrontions la meilleure équipe du monde. Je ne suis pas ébranlé. Cela fait partie du football », dira-t-il presque imperturbable.
Pour Hugo Broos, « c’est cette force de caractère qui m’a convaincu de le choisir comme capitaine de l’équipe nationale ».
Porter le brassard de capitaine peut paraître un honneur lourd à assumer, mais Ronza, lui, dirige par l’exemple et l’empathie. Il n’est pas le capitaine qui réprimande, mais celui qui rassure, qui replace d’un geste de la main et qui prend la parole quand les mots ont du poids.
Hors du terrain, ce masque de guerrier s’efface pour laisser place à un sourire doux, presque timide, un visage bienveillant et plein d’humilité, qui s’accompagne d’un regard rieur et chaleureux.
Malgré la gloire et les projecteurs, il reste un homme de l’ombre, profondément attaché aux siens. Son fils aîné (12 ans), grand passionné de football comme son père, s’entraîne parfois à lui marquer des buts, « mais sans lui faire de cadeau pour l’habituer à la rigueur », précise-t-il.
Père de famille dévoué, le football n’est, pour lui, pas une fin en soi, mais un moyen d’inspirer la jeunesse des townships de son pays. Profondément engagé dans des actions caritatives, il a lancé en 2024 sa Fondation. Objectif : « Je veux que les enfants de Gqeberha me regardent et se disent : +S’il a pu le faire, je peux le faire aussi+. Rien n’est impossible quand on travaille dur ».
Bien plus qu’un dernier rempart, Ronza est devenu le symbole d’une équipe qui gagne, qui résiste et qui brille par sa discipline, son audace et sa capacité de se réinventer dans le cœur même de l’adversité.