.-Par Nabila ZOURARA-.
Londres – Quand le Royaume-Uni a décidé de tourner le dos à l’Union européenne, aurait-il bien réfléchi au poids gigantesque que cela aurait sur sa présence dans les grandes compétitions européennes, à l’image du Concours Eurovision de la chanson, la Champions Cup ou le Championnat d’Europe de football?
La réponse à cette question ne peut pas être soulevée dans l’immédiat, les contraintes imposées par la pandémie n’ayant pas laissé au pays autant d’opportunités pour prouver sa capacité de prospérer en dehors de l’espace européen.
A en juger des premières épreuves, le Royaume-Uni n’a réussi à obtenir aucune voix lors du concours de l’Eurovision organisé le mois dernier. Mais, les Britanniques refusent de voir ce repli sur soi comme une défaite, cherchant par tous les moyens de relever l’image de « Great Britain », dans un domaine où ils savent exceller : le football.
Outre la crise sanitaire qui a frappé de plein fouet une industrie très lucrative en Angleterre, les clubs anglais ont dû se tracasser cette année avec un nouveau casse-tête, qui n’est pas inscrit d’habitude dans leur agenda : le visa des joueurs.
Si le sport populaire a pu prospérer à travers le continent, c’est grâce notamment au système d’’immigration européenne cosmopolite, qui permet à des managers allemands de travailler avec des entraîneurs portugais pour développer les talents espagnols sur les terrains anglais. Le Brexit viendra donc changer la donne, surtout pour le Championnat anglais, mais un peu moins pour les compétitions européennes.
En effet, si le Royaume-Uni a quitté le bloc des 27 effectivement en janvier de cette année, cela ne signifie pas qu’il serait exclu des championnats européens.
L’appartenance à l’Union européenne n’est heureusement pas une condition sine qua non à l’adhésion à l’Union des associations européennes de football (UEFA), comme l’explique l’avocate spécialisée dans l’immigration sportive, Maria Patsalos dans une tribune au Daily Telegraph.
Elle rappelle que des pays non membres de l’UE comme la Suisse et la Russie sont toujours éligibles pour prendre part aux championnats d’Europe.
Bien que l’Euro et la Ligue des champions soient les expressions les plus médiatisées d’une identité culturelle européenne commune, ni l’une ni l’autre ne dépendent de l’appartenance à l’UE, explique pour sa part, Raymond Boyle, professeur à l’Université de Glasgow, qui estime que le Brexit « aura plus d’impact sur le football d’élite au Royaume-Uni. »
Toutefois, les joueurs européens ont désormais besoin d’un visa pour évoluer dans des clubs anglais, alors que les critères de leur sélection seront définis en fonction de leur âge et leur qualifications.
Pour espérer jouer en Premiers League, les footballeurs européens devront être majeurs et obtenir un permis de travail à points, qui qualifie le joueur selon l’attractivité de son parcours, à savoir les matchs qu’il avait disputés auparavant en Coupe d’Europe, le classement Fifa de sa sélection et bien d’autres.
Or, depuis quelques années, la Fédération Anglaise (FA) et le ministère britannique de l’Intérieur ont durci les conditions de délivrance du permis de travail aux footballeurs internationaux souhaitant évoluer dans le championnat anglais.
Un joueur d’une des dix premières nations au classement FIFA doit avoir disputé 30 % des matchs de sa sélection lors des deux dernières années pour obtenir le permis de travail nécessaire pour exercer son métier en Premier League, selon une analyse de ce dossier faite par le ministère français de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.
Ce pourcentage monte à 45 % pour un joueur originaire d’une nation classée de la 11e à la 20e place, puis à 60 % pour une nation classée de la 21e à la 30e position et enfin à 75 % pour une sélection classée du 31e au 50e range, d’après la même source.
En revanche, aucun joueur provenant d’une nation évoluant au-delà de la 50e place ne peut avoir son visa de travail en première instance. Dans le nouveau système post-Brexit, cela concerne notamment les footballeurs provenant de la Slovénie, de Bulgarie et de la Finlande.
Bien que le Royaume-Uni ait quitté effectivement l’Union européenne en début de 2020, les nouvelles règles ne sont entrées réellement en vigueur qu’à partir de cette année, les championnats de football étant repoussés en raison de la crise sanitaire.
Ces règles auront deux conséquences immédiates, selon le quotidien britannique The Guardian.
La première est que les joueurs européens souhaitant s’installer en Angleterre seront traités de la même manière que ceux du reste du monde; la seconde est que les joueurs de l’UE n’auront aucun problème à intégrer les clubs anglais, tant que leurs CV sont suffisamment impressionnants.
Pour ce qui est des supporters des clubs, la question du Brexit ne devrait pas être aussi problématique étant donné que le Royaume-Uni n’exige pas encore un visa aux Européens souhaitant s’y rendre pour moins de six mois. Idem pour les Britanniques souhaitant faire un court séjour en Europe.
Déjà repoussé d’un an en raison de la pandémie de Covid-19, l’Euro de football 2020 s’ouvrira vendredi à Rome avec un match opposant la Turquie et l’Italie.
Le Royaume-Uni a été choisi aussi parmi les pays hôtes de cette compétition européenne qui se poursuivra jusqu’au 11 juillet. Le pays prévoit ainsi une multitude de mesures de prévention sanitaire qui concernent aussi bien les joueurs que les spectateurs.
La pays abritera en effet deux huitièmes de finale, les demi-finales et la finale du Tournoi dans le stade de Wembley à Londres ainsi que les matchs de l’Écosse contre la République tchèque et la Croatie seront disputés à Glasgow, ville écossaise.
Les supporters qui assisteront au premier match à Wembley, opposant l’Angleterre et la Croatie, seront amenés à présenter des passeports vaccinaux. Si ce système s’avère efficace, il pourrait permettre d’attirer une plus forte affluence à la même enceinte lors des prochains matchs.